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GALLARD Antoine

Doctorant CESSP-CRPS

Centre Européen de Sociologie et de Science Politique
CRPS - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Département de Science Politique
14 rue Cujas
75005 Paris

Membre du « Programme 13 Novembre »

@ : antoinegallardpro@gmail.com


Doctorant en science politique, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, sous la direction de Frédérique Matonti.
Thèse : « Sociologie de la « crise » des attentats du 13 novembre : de quoi cet événement est-il fait ? Etude de la gestion de « crise » et des logiques bureaucratiques en temps de « guerre »  » (titre provisoire)

Résumé : Le 13 Novembre 2015, François Hollande déclare que la France est « en guerre ». Après les attentats de Charlie Hebdo, l’Etat doit à nouveau faire face aux attentats. L’enjeu de cette thèse est, en s’appuyant notamment sur la perspective présentiste et sur les outils théoriques que propose la sociologie de Michel Dobry, d’étudier et d’interroger les attaques terroristes de Paris et Saint-Denis comme « crise politique ».

Dans un premier temps, il s’agira de se questionner l’objet même des attentats. Si les attentats sont des événements largement étudiés, ce sont souvent d’un côté à travers les conséquences en termes de politiques publiques (eg : politique de prévention de la radicalisation) et de l’autre, à travers une « définition » ce qu’est et ce que fait le terrorisme, que ce soit dans une perspective philosophique ou sociologique. Finalement, l’attentat est rarement étudié in situ, au cours de la « crise » qu’il produit contrairement à d’autres événements (crise sanitaire, mobilisations politique de grande ampleur, guerre civile…). Quatre ans après les faits lorsque cette thèse débute, l’effet de « sidération » sans doute dissipé et le temps de la gestion de crise révolu, cette entreprise intellectuelle consistant à ouvrir la « boite noire » de l’événement est désormais possible et envisagée.
Dès lors, l’enjeu est dans un deuxième temps de dégager les « logiques de situation » de l’événement. Sortant d’une vision étriquée en science politique qui oppose « structure » d’un côté (nier la force de l’événement) et « action » de l’autre (l’événement comme illusion héroïque), la sociologie de Michel Dobry permet de penser l’événement comme agissant sur les individus mais aussi de penser celui-ci comme étant façonné par les protagonistes de la crise. C’est ainsi que l’étude des logiques bureaucratiques et administratives, l’analyse ceux et celles qui répondent à l’événement, est une façon de saisir « de quoi l’événement est-il fait ? ». C’est ainsi que les attentats sont l’occasion de luttes, de coups, notamment entre les ministères régaliens (Intérieur, Justice, Défense) pour savoir à qui reviendra la gestion de ces événements dont la rentabilité symbolique et la dimension genrée sont des composantes essentielles pour comprendre l’activité politique. Pour autant, loin d’une vision de l’acteur.ice rationnel.le, l’événement impose également de jouer selon des règles différentes, modifiant par exemple considérablement le temps du politique et la façon « routinière » qu’ont les secteurs et les acteurs.ice.s de travailler, communiquer et finalement d’agir. Par sa nature d’événement traumatique mais aussi – et surtout – par la forte proximité sociale voire spatiale qui se trouve entre victimes et acteurs.ices de la crise, la notion de « panique morale » permet également de penser l’activité gouvernementale. Cette notion ne vise pas à postuler une irrationalité, mais bien dans la veine de la « régressions vers l’habitus » des individus, à voir en quoi ces derniers sont agis par des repères, des schèmes et des valeurs d’ordinaire étrangers au travail routinier du politique. Enfin, nous ne nions évidemment pas la socio-histoire des institutions et l’existence d’organisme (comme le SGDSN) qui jouent un rôle essentiel dans la compréhension de cette crise.
Enfin, il est aussi question de s’interroger dans un troisième temps sur la notion même de crise. Si certaines composantes de la désectorisation semblent surgir de l’étude du travail gouvernemental, difficile d’en dire autant – à première vue – des autres composantes de la sociologie de Michel Dobry dans l’étude de ces périodes troubles. Néanmoins, sans pour autant statuer sur une « routinisation de la crise » comme aiment le penser certains colloborateur.rice.s, les attentats du 13 novembre paraissent faire l’objet d’une « mise en crise » de la part des acteur.ice.s politiques, comme le sont finalement d’autres objets de politiques publiques (crise du chômage, crise sanitaire…). Ainsi, plutôt que de voir la déclaration de l’Etat d’urgence comme « coulant de source », elle doit être envisagée comme étant une option parmi d’autres qui fut élaborée, défendue et choisie par des acteur.ices ayant intérêt à ce que cette décision soit prise. Cette décision comme d’autres (réunion du parlement en congrès, minute de silence à la Sorbonne…) participent à théâtraliser pour le politique sa capacité à agir sur le monde et de réaffirmer également les rôles du jeu politique, notamment présidentiel.

En s’appuyant sur un matériel dense (entretiens réalisés dans le cadre du programme de recherche « programme 13novembre », de l’Atelier de recherche « Sociologie politique du gouvernement », coordonné par Delphine Dulong, du Labex « Transformation de l’État, politisation des sociétés et institution du social » (TEPSIS), de notre propre terrain également, de l’étude des discours politique, de la presse…) cette thèse vise à comprendre ce qu’il se passe dans les sphères l’Etat à partir de ce soir du 13 novembre 2015.