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« Going global ? » Processus d’internationalisation et d’européanisation


Responsables : Bertrand Réau et Johanna Siméant

Le titre de cet axe de recherche du laboratoire entend souligner deux aspects imbriqués :

D’une part, le caractère très situé des idéologies de la mondialisation (« globalisation »), qui présentent cette dernière comme un processus inéluctable et nouveau alors même qu’elle trouve ses racines dans les intérêts convergents à l’énoncer et à la définir au profit d’un certain nombre de groupes sociaux. Plutôt que de reprendre à leur compte la prophétie de la mondialisation, les chercheurs du laboratoire entendent se saisir de ces discours pour les contextualiser.

D’autre part, le fait que le rapport à l’international qu’il suppose encourage tout un ensemble de stratégies d’agents qui font de leur « passage » au global et à l’international la condition de la perpétuation ou du rétablissement de leurs positions, et pour certains d’entre eux de leur domination sociale et/ou politique. Ce point ouvre un programme de recherche sur les diverses formes de l’investissement à l’international et sur les moyens de saisir ces stratégies. Il importe cependant, tout en prenant au sérieux l’intériorisation de cette nécessité de s’internationaliser chez des acteurs sociaux spécifiques, de ne pas penser l’international comme un espace ou un « étage » clairement délimité, mais aussi de penser la prégnance de « l’international » dans les routines sociales ordinaires.

À partir de cette orientation fédératrice, a été fait le choix non seulement d’approfondir les axes de recherche actuels, mais aussi de condenser les savoir-faire théoriques et empiriques du laboratoire dans un ouvrage collectif.

Cet axe se décline en cinq projets de recherche :

Un handbook des sciences sociales de l’international

  • Chercheurs et enseignants-chercheurs : A. Garcia, N. Hubé, D. Marchetti, S. Roux, G. Sapiro, J. Siméant, I. Sommier, A. Vauchez, A.-C. Wagner
  • Doctorants : M. Bustamante, J. Pacouret, R. Lecler


Le laboratoire entend maintenir et approfondir cet axe de recherche particulièrement fédérateur au sein de l’équipe, et continuer à travailler sur ce qui fait sa spécificité, c’est-à-dire la nécessité d’une exigence théorique forte jointe à des stratégies empiriques caractéristiques : ethnographie des situations internationales, reconstitution de carrières internationalisées, approches prosopographiques et autres formes d’analyse des données (ACM et analyse de réseaux notamment) dans des espaces internationaux.

Cette volonté se caractérise par le projet de la réalisation d’un ouvrage collectif qui combinerait les aspects d’un livre de compilation de textes fondamentaux des sciences sociales de l’international, à des travaux des chercheurs du laboratoire, et à une partie méthodologique sur les démarches d’enquête dans l’international.

Ce projet, qui avait été à l’origine de la journée du 25 mai 2012, constitue un utile moyen de mobiliser toute l’équipe, et de véritablement faire apparaître le cadre théorique des arts de faire méthodologiques qui font l’identité du laboratoire.

Il entend réaliser un outil utile à tous les chercheurs qui se revendiquent d’une approche distincte des études internationales classiques. La réalisation de cet ouvrage se traduira par la mise en place d’un séminaire collectif.

Circulation internationale des savoirs et des biens symboliques

  • Chercheurs et enseignants-chercheurs : S. Dorin, J. Duval, A. Garcia, D. Marchetti, G. Sapiro, A.-C. Wagner
  • Doctorants : P. Arnault, B. Attencourt, M. Bustamante, A. Delespierre, L. Dugonic, M. Frisani, R. Lecler
  • Chercheurs associés : P. Casanova, D. Garcia


Le principal objectif de cet axe sera de favoriser un travail de synthèse et de comparaison sur les processus de circulation internationale des biens culturels.

Pour permettre le décloisonnement des études trop spécialisées et tirer profit de la multiplicité des terrains étudiés (édition, cinéma, art, musique, information, etc.), un colloque international sera organisé sur cet objet, rassemblant des membres du laboratoire, mais aussi des invités étrangers pour venir présenter leur travail ou discuter les travaux du CESSP dans ce domaine.

Ce collectif s’appuiera sur une série de travaux partageant des problématiques et des terrains proches.
Dans le domaine de la littérature et de la traduction, G. Sapiro prépare un ouvrage sur les conditions sociales de la circulation des œuvres littéraires prenant pour point de référence la France comme culture-source ou culture-cible, J. Heilbron consacrera plusieurs publications aux implications théoriques de l’ensemble de ses travaux réalisés sur les flux et les processus de traduction notamment de la littérature des pays périphériques vers les pays dominants et P. Casanova annonce un ouvrage de synthèse de ses recherches sur les mécanismes de la domination linguistique dans le domaine littéraire.
Des études comparables dans d’autres domaines viendront enrichir cette réflexion collective : une étude du marché des concerts et des conditions de travail des orchestres de musique classique en Europe (S. Dorin), l’analyse de l’internationalisation du champ du cinéma français (J. Duval et R. Lecler), les politiques d’exportation d’institutions nationales (M. Frisani sur la politique de traduction de la France au Royaume-Uni) et internationale (M. Bustamante sur le principe de la diversité culturelle adopté par l’UNESCO) et un ouvrage de synthèse sur la production et la circulation de l’actualité « internationale » dans et vers les médias français (D. Marchetti).

Le pôle de recherches abordant la circulation internationale des savoirs à travers la transformation des systèmes d’enseignements s’articulera tout particulièrement autour de deux recherches en équipe : l’enquête coordonnée par A. Garcia analysera les dossiers des boursiers financés par les agences brésiliennes (CAPES, CNPq) dans les années à venir, ce qui permettra d’alimenter l’étude en cours sur les transformations des sciences sociales au Brésil, en rapport avec la concurrence internationale. Ce sous-axe s’appuiera également sur la recherche collective sur l’internationalisation de la formation des élites mexicaines menée par A.-C. Wagner et D. Garcia, en collaboration avec E. Gérard (IRD).

Enfin, plusieurs thèses portant sur ces processus seront soutenues : l’analyse de la reconfiguration du label « international » et de ses usages dans les espaces de la visibilité intellectuelle et scientifique (B. Attencourt), le développement de la psychologie sociale en France d’un point de vue sociohistorique et transnational (P. Arnault), l’essor des écoles internationales (L. Dugonjic) et la diffusion dans l’espace des grandes écoles de nouvelles normes pédagogiques et organisationnelles introduites au nom des exigences de la mondialisation (A. Delespierre).

L’européanisation dans la recomposition des espaces sociaux et territoriaux

  • Chercheurs et enseignants-chercheurs : N. Burgi, D. Dulong, D. Gaxie, N. Hubé, L. Neumayer, G. Sacriste, A. Vauchez.
  • Doctorants : J. Bailleux, N. Maisetti, G. Molano, J. Pacouret, M. Vay
  • Chercheur associé : A. Mégie


Le séminaire de recherche « Constructions européennes. Histoire et science politique » co-organisé par le CESSP et l’IRICE (Paris 1) sera poursuivi.

Le recrutement au printemps 2012 d’un professeur au département de science politique de l’Université Paris 1 profilé « Sociologie politique de l’Europe » comme la constitution d’un parcours entier M1-M2 (Pro/Recherche) « Europe » devra permettre à terme de renforcer les activités de recherche sur ce thème et de renforcer la petite équipe actuelle de doctorants et post-doctorants.

Si l’ANR Dejuge/Polilexes touche à sa fin à l’été 2012, le groupe de recherche poursuivra ses travaux dans le courant du quinquennal.
Il s’agira avant tout d’exploiter pleinement la base de données biographiques (plus de 500 individus) en engageant l’analyse géométrique des données, ainsi que l’analyse des carrières et cohortes d’individus des différentes populations (juges à la CEDH et à la CJCE, référendaires, conseillers juridiques, parlementaires de la commission juridique du Parlement).

Cet effort méthodologique devra conduire à développer une réflexion plus ample sur la sociologie des champs transnationaux et leur mode de structuration spécifique. Dans cette perspective, plusieurs publications sont d’ores et déjà prévues : un ouvrage collectif en français présentant les résultats de l’analyse de la base de données et un dossier de revue en anglais offrant diverses études de cas des différentes populations.

Enfin, plusieurs recherches individuelles s’inscrivant dans cet axe seront poursuivies, en particulier l’articulation entre européanisation et internationalisation des politiques de réconciliation (L. Neumayer) et la production de politiques publiques dans des formes « molles » de gouvernance européenne (L. Neumayer, N. Hubé).

Institutions et structure des espaces internationaux

  • Chercheurs et enseignants-chercheurs : M. Dobry, F. Lordon, O. Nay, B. Réau.
  • Doctorants et docteurs : M. David-Ismayil, G. Daho, V. Digaetano, P. France, W. Herrera, R. Kuokstyte, B. Leroux, V. Lickert, F. Pouponneau, E. Rambaud, P. Renno.
  • Chercheurs associés : E. Aksaz, N. Feldman, M.-F. Garcia.


Penser la structure des espaces internationaux, les hiérarchies entre eux et en leur sein sans cependant réifier « un » système international, tel est le propos de cet axe de recherche, renforcé par l’arrivée à Paris 1 d’O. Nay, dont les travaux portent sur les organisations internationales.

Les chercheurs de ce sous-axe continueront à travailler sur ces formes inégalement objectivées de l’international, qu’elles s’incarnent dans des institutions (O. Nay, M. David), des espaces de jeu, de compétition et de collaboration (M. Dobry, F. Pouponneau, V. Lickert), ou encore dans des doctrines de l’international inégalement stabilisées (G Daho).

F. Lordon poursuivra ses travaux sur la façon dont l’Europe et la mondialisation ont entraîné une profonde déstabilisation de « l’économie générale de la souveraineté », amputée au niveau des nations mais sans s’être vu offrir de solution de redéploiement au niveau européen proprement dit.

Enfin, deux aspects de la division internationale du travail économique continueront à être tout particulièrement travaillés :

  • celui des migrations internationales et de leurs effets sur la reconfiguration des sociétés d’origine (E. Bouilly, W. Herrera, N. Feldman) ;
  • celui du tourisme et des terroirs, et de l’amplification des formes de réinvention de l’authenticité et de la tradition dans les espaces de l’économie internationale (B. Réau, M.-F. Garcia).

Stratégies d’internationalisation

  • Chercheurs et enseignants-chercheurs : A. Garcia, S. Roux, P. Ryfman, J. Siméant, I. Sommier, A.-C. Wagner.
  • Doctorants : H. Baillot, M. Barbut, E. Bouilly, L. Gasca, X. Guignard, C. Hernández -* Páramo, V. Jampy, B. Leroux, M. N’Dour, S. Soukouna.
  • Chercheur associé : Q. Delpech.


Ce sous-axe visera à poursuivre les recherches sur les logiques par lesquelles des acteurs sociaux en viennent à juger souhaitable de passer à l’international, et trouvent un intérêt à faire exister l’universel.
Il entendra combiner une approche attentive à ces stratégies, inégalement réflexives et pensées selon les domaines sociaux étudiés, à une réflexion sur des asymétries parfois démultipliées dans les espaces internationaux.

Un axe fort de ce thème porte sur les conditions de l’internationalisation du militantisme (objet de plusieurs thèses au sein du laboratoire), ce qui se traduira par la publication d’un livre sur l’enquête collective consacrée au Forum social mondial de Dakar aux Presses de l’Université du Minnesota.
C’est de façon plus générale que les conditions matérielles des stratégies d’internationalisation seront abordées, par exemple dans leur rapport au salariat au sein des ONG, ainsi que dans la transformation des rhétoriques de l’universel et des formes d’énonciation des intérêts à l’international (développement de l’advocacy et de formes policées, voire « digérées par les institutions internationales », de la critique). Un numéro de revue sera tiré du double workshop AFSP consacré à l’advocacy et coordonné par J. Siméant et E. Ollion.

De nombreux travaux individuels s’inscrivent dans ces perspectives attentives à la fois à la division internationale du travail social, et soucieuses de produire des perspectives nuancées sur les asymétries internationales. Ainsi, S. Roux poursuivra une recherche multi-située sur l’adoption internationale.
Ce projet s’inscrit dans une sociologie de l’intimité et de la mondialisation qui interroge les enjeux politiques et moraux des circulations familiales.